Cinq ans c’est un cap ! Que dis-je un cap…

Un cap de plus. Car nous en avons passé des caps, on a même fait que ça. Celui-ci mérite quand même un petit coup d’oeil dans le rétro, une fois n’est pas coutume. Après tout 5 ans ça n’est pas rien.

L’historique d’abord

Certes le 15 Octobre 2015, 5 ans jour pour jour, Clément Mayet et moi-même signions les statuts de la SCOP RIVAGES. Mais l’aventure avait démarré avant. L’idée a germé au LEGOS, laboratoire de l’Observatoire Midi-Pyrénées à Toulouse. Depuis nous y sommes restés à Toulouse, parce qu’on aime cette ville avant tout, mais aussi parce que comme on fait de la télédétection, on a pas besoin d’être les pieds dans l’eau pour observer la mer. Cette réplique j’ai du la faire une bonne cinquantaine de fois en 5 ans pour répondre aux petits malins qui nous faisaient remarquer que c’était assez insolite de créer une société d’observation du littoral à Toulouse. Mais ça aussi on l’a fait. Et je vous passe le discours sur l’ancrage historique de l’océanographie à Toulouse…

Au LEGOS disais-je, où je travaillais et où Rafael A., jeune chercheur à l’IRD développait ses propres outils de télédétection vidéo, on parlait des possibilités de cet outil, ce qu’il pourrait apporter aux gestionnaires, aux prévisionnistes, aux surfers même. Une solution* simple, légère (pas chère) et complète, l’idée était là. Et puis cela ne devait pas être si compliqué de les rendre opérationnels ces outils, j’en avais vu d’autres, fort de mon expérience de codeur multi-model, multi-langage, de HPC, de python et tout et tout…assez confiant quoi, 6 mois de de développement et c’était réglé! Je repense souvent à ce moment d’insouciance et maintenant j’en rigole à chaque fois, mais cela n’a pas toujours été le cas.

Mais bon je n’y suis pas allé tout seul non plus. Cette idée je l’ai présentée à mon copain Clément, expert en vagues et en python, je me fiais à son jugement. On s’est lancé ensemble.

A chaque fois qu’on la partageait, elle plaisait cette idée. Les gens n’ont cessé de nous encourager , de nous aider. Au labo d’abord, LEGOS ou LA, Rafael bien sur mais aussi Yves, Brigitte, Patrick , Francis, Thomas, Laurent , Catherine (et j’en oublie forcément); à l’IRD ensuite Nestor, Laura, Valérie, Stéphane qui nous ont accompagnés pour les commissions de déontologie, contrat de valorisation et autres réjouissances pour nous qui n’avions aucune idée des démarches à accomplir.

Puis vient la création en SCOP. Une Société Coopérative de Production. Pas une association, non, comme on entend encore trop souvent. Une véritable société SARL basée sur des principes fondamentaux tels que la gouvernance démocratique, l’autonomie, l’indépendance, la coopération, la participation des membres etc. Nous, ces principes nous plaisaient on a donc là aussi voulu innover (même si les coopératives c’est pas tout neuf). L’URSCOP nous a accompagné pour ça , Stéphane, Muriel, Dominique, Hélène, et Diégo et ça continue. Dans le monde de l’innovation, des startups, nous ne sommes pas nombreux en SCOP. Il faut savoir qu’une SCOP ne peut-être revendue, qu’une part sociale ne peut être revendue plus chère que sa valeur nominale et que la majorité de son capital social doit être détenue par les salariés. Ca limite quelques modèles de startup, mais pas tous. Pour nous, on ne faisait pas ce projet pour revendre donc cela ne nous a jamais inquiété.

A ce stade, il convient de préciser que nous avons fondé RIVAGES avec 1000€ de capital, 500€ chacun. Pas grand-chose quoi. Et quand on a des développements à faire avant de pouvoir commercialiser, il faut les financer.

Là aussi c’était un cap. Et encore une fois on ne l’a pas franchi seul. La première marche a été l’incubateur midi-pyrénées (devenu Nubbo). Je revois encore le comité de sélection, notre idée se valait (ils en voyaient beaucoup passer) mais en SCOP? Comme on défendait notre choix (c’est un choix idéologique avant tout) un des membres du comité n’a pu se retenir devant notre enthousiasme et notre air naïf et a lancé sur un ton un peu énervé : « Mais comment allez vous financer votre croissance ?!  » Je n’en savais rien. Il avait raison c’est encore maintenant un challenge. Mais ce qui est bien dans le monde de l’innovation c’est que les challenges ne sont pas des freins. Et on a été pris. Et on a appris. Pendant un an, auprès de David, Pauline, Anne-Laure, Mathieu et Ariane. Dès le début on nous prévenait : notre idée, cette fameuse idée qu’on portait déjà depuis un moment, c’était une idée-à-la-con ! Pas que pour nous, c’était le lot de l’ensemble des startuppeurs. Et vite on a arrêté de dire que notre projet consistait à apporter des solutions*. Solution pour qui ? Pour quel problème ? Qui payait ? Combien ? Comment vendre quelque chose qui n’existe pas encore ? Etc. Pas mal de développements et de confrontation de notre idée-à-la-con aux acteurs concernés et on est reparti un an plus tard avec un nom, Waves’nSee, un logo, un site web (merci Mathieu), un business plan et bien plus lucides sur les étapes qu’il nous restait à franchir. Et aussi riches de nouvelles rencontres et expériences.

Mais toujours sans clients et toujours sans un sou. Jusque là on avait fait avec les moyens du bord, Pôle emploi avec l’ARCE pour moi ou l’ACCRE pour Clément et je gardais un pied dans la modélisation pour faire un peu de chiffre. Mais bon, il fallait maintenant vendre !

Et il fallait aussi se rendre à l’évidence. Ni moi, ni Clément n’étions vraiment doués pour ça. Il nous fallait recruter.

Comme maintenant on avait un plan on pouvait solliciter des financeurs. La finance solidaire a répondu. Grâce à MPA, (France-active), IES, l’URSCOP et un business angel ,Thomas D. ancien collègue et ami de l’Observatoire midi Pyrénées, on a pu faire une première levée d’amorçage. Pas des millions de dollars, juste 35 000€. Et on a gagné un nouvel associé, IES- qui est une SCIC- est rentrée au capital de notre SCOP.

La suite c’est avant tout une rencontre avec notre future associée : Amandine. Super CV, super personne, c’était elle qui allait nous faire passer ce prochain cap ! Par contre on n’avait pas les moyens pour 3 salariés. Mais bon , Clément en avait un peu marre et voulait tenter d’autres projets. Il nous a donc quitté. Enfin pas complètement car il reste associé à ce jour.

Dans la chronologie on est maintenant mi-2017. On a déjà eu un client (au Vietnam!) et d’ici la fin d’année on aura notre premier client sur le sol français. Un autre CAP de franchi !

Avec cette première étape est venue l’accompagnement précieux d’IES. Initiative pour une Economie Solidaire, ne fait pas que financer des projets, ils accompagnent. Un binôme de bénévoles, pour nous Laurent B. et Bernard M., nous soutient depuis ce jour, nous aide à mettre en place les outils de suivi financiers et à anticiper les prochains caps. Avec quelques coups de pied au cul parfois, mais salutaires, et dans la bienveillance. Donc on se bouge, on s’active, on remonte les manches et on avance, encore.

Avec cet accompagnement vient vite les premiers constats. Il y a encore beaucoup de développements à faire. Le suivi vidéo suscite de l’intérêt certes mais il va falloir tout automatiser et surtout montrer nos résultats. Or on répond déjà à des demandes et là je suis seul sur la partie technique, à la fois en réponse aux clients et sur les développements, insoutenable. On l’avait anticiper un peu bien sur. Cet étape était normale. Et puis le constat sur le besoin de définir un produit on le faisait depuis un moment. Mathieu Laffond de l’incubateur nous avait fait une maquette de notre tableau de bord / visionneuse que l’on montrait à nos prospects. Ca marchait, c’est ça qu’ils voulaient. Il nous fallait donc la développer…et donc la financer.

La levée de fonds

C’est parti. On se lance dans notre levée de fonds. Tous les copains, les startups incubées en même temps que nous y étaient déjà passées depuis longtemps. La première levée de fond, quand elle est réussie bien sur, c’est THE cap. Elle permet véritablement de se lancer. Pour les personnes extérieures au milieu de l’innovation, les copains, la levée de fonds paraît plutôt simple. Tu es une startup, tu vas chercher des sous et zouh ! Ils le fonts tous, ils lèvent des millions, ça doit être facile. Pour les autres la question c’est combien tu as levée ? Et en fonction de la réponse, ils savent dans quel parcours du combattant tu es parti. Car c’en est un parcours du combattant, avec un couperet à la fin qui est binaire : ça passe et tout va bien ou ça casse et c’est fini. Et c’est long….mais long…à tel point que je sauterais bien directement à la phase : ça c’est fait!

Car oui on a réussi à lever des fonds. Pas des millions. Toujours pas. Mais 200 000€. La problématique était de renforcer nos fonds propres avant tout. Pour cela on a fait appel à pas mal de gens : les partenaires historiques de la finance solidaires mais pas que.

Amandine et moi même avons emprunté auprès de Initiative Haute Garonne. 10 000 € chacun. La SCOP Nymphalis (écologues Toulousains) est entrée à notre capital aussi. Le milieu coopératif est riche ! Pas forcément en cash mais bien humainement. Et quand on tombe sur des personnes qui en ont un petit peu du cash et bien elles n’hésitent pas. En tous cas Christophe S., le gérant de Nymphalis, n’a pas hésité beaucoup, et c’est un plaisir d’avoir une autre SCOP en tant qu’associée.

Ensuite on a fait une émission de Titres participatifs. Pas des parts, des titres rémunérés. Le fond d’investissement Garrigue, IES encore, Nymphalis encore, ont participé. Et pour finir nos proches : Michel et Sophie S., Patrice et Dominique D., Gilles et Marie-Christine Berger S.l ont permis d’atteindre le maximum que l’on s’était fixé. Les anglais ont un terme pour ça : LOVE MONEY ! Tout est dit.

BPI la fabuleuse a fait le reste !

Voilà pour ce bilan au final un peu comptable mais derrière tout ça il y a des hommes et des femmes qui ont rendu cela possible. Et c’est le moment de les saluer et tous les remercier !

Mais au final pourquoi faire ?

Oui la levée de fonds n’est pas une fin en soi mais bien un outil financier. Cet argent nous a permis de créer une équipe qui est, je le proclame haut et fort au moment du bilan, ma plus grande fierté ! Harold , Florent, Florian et Mylène nous ont rejoints. Je vais tous les jours travailler avec grand plaisir grâce à eux et c’est réciproque ! (Si si ils me l’ont dit!)

En quelques mois et malgré le confinement, un travail de dingue a été fait ! On a des résultats excellents, des capacités multipliées et des futurs développements prévus que je n’osais imaginés. Et pourtant de l’imagination j’en ai jamais manquée ! A ce rythme là le bilan dans 5 ans sera dingue dingue dingue !

Le prochain cap

On y est déjà : Comme beaucoup d’entreprise du monde entier il s’agit de sortir de la crise COVID. Mais encore une fois on retrousse les manches et on y va avec beaucoup de coeur car à la fin le coeur il n’y a que ça qui compte non ?

Yves Soufflet.

À propos de Yves Soufflet

Yves est le co-fondateur de Waves’n See. Chercheur en mathématiques appliquées, Yves possède une expertise en modélisation numérique et en calcul de haute performance acquise au sein de grands centres de recherches européens, où il a pu encadrer des équipes de recherche internationales (Cranfield University ; National Oceanography Centre – University of Southampton ; IC3 – Catalan Institute of Climate Sciences ; LEGOS-IRD, Observatoire Midi-Pyrenées). Il intègre l’IRD en 2013 pour travailler sur un projet de recherche visant à améliorer les outils de modélisation océanique avant de co-fonder Waves’n See pour exploiter tout le potentiel de la technologie vidéo développée au sein de l’IRD. Par conviction, cet ancien rugbyman fait le choix de la SCOP pour fonder l’entreprise, un modèle de développement engagé pour une startup qui évolue dans le domaine de l’innovation technologique.